Mes deux premiers chapitres offraient un aperçu de ce qui se passait dans le monde à propos des conseils d’administration. Dans ce chapitre-ci, j’aimerais partager quelques points de vue collectés pendant des sondages que j’ai effectués à ce sujet auprès des groupes d’hommes et de femmes.
Afin de vraiment saisir le sens de l’expérience que d’autres ont vécue à cet égard et voir comment les statistiques citées dans les médias se défendent quand elles sont confrontées aux preuves anecdotiques concrètes de personnes que je connais, j’invite les personnes faisant partie de mon réseau international à répondre aux questions concernant l’expérience des femmes aux conseils d’administration, l’expérience des hommes à des conseils d’administration où siègent des femmes et les opinions des deux groupes au sujet des quotas imposés aux conseils d’administration. De plus, ayant beaucoup travaillé à l’étranger avec des leaders d’entreprises locales et multinationales, les perspectives mondiales sont toujours très importantes pour moi.
À ma surprise, les femmes qui ont participé à mon sondage avaient une opinion des quotas des conseils d’administration soit neutre soit favorable. Seule une minorité tenait des propos négatifs à cet égard. Moins étonnant, la majorité des participantes féminines ont reconnu que leur expérience des conseils d’administration était majoritairement dans des organismes à but non lucratif.
Jusqu’à présent, j’ai remarqué que les femmes sont plus susceptibles d’avoir siégé au sein des conseils consultatifs et des conseils d’administration d’organismes à but non lucratif qu’à des conseils d’administration d’entreprises publiques ou de sociétés privées. À moins d’avoir été membre fondateur d’une entreprise de haute technologie en démarrage, un investisseur providentiel (ange des affaires) ou engagé dans le secteur du capital de risque et investisseur en capital de risque, il est plus rare de voir des femmes aux conseils d’administration d’entreprises privées en démarrage et d’entreprises de petite et moyenne taille à croissance rapide. Je crois que c’est parce que :
- Nous sommes à peine au début de l’apparition des femmes à nos conseils d’administration, que les femmes prêtes à siéger ne sont encore pas aussi présentes qu’elles le pourraient aux conseils d’administration où elles sont confiantes de réussir et que la diversité des genres n’a été reconnue que très récemment comme une pratique de bonne gouvernance.
- Les femmes ont souvent été étiquetées ou associées à des stéréotypes liés aux responsabilités sociales ou à l’éducation, ce qui rendait plus naturel de siéger à un conseil consultatif ou à un conseil d’administration d’un organisme à but non lucratif.
Une statistique que j’ai tirée des sondages réalisés auprès des femmes et qui vaut la peine d’être mentionnée, c’est que 89 % des femmes qui ont participé ont exprimé l’intérêt de servir à un conseil d’administration d’une entreprise publique ou d’une grande entreprise. Même si mon sondage a ciblé un groupe relativement petit, je pense, toutefois, qu’il représente précisément les femmes en général qui possèdent une vaste expérience en leadership et une ample connaissance des affaires. Bien que ce ne soit peut-être pas 89 % de toutes les femmes qui souhaiteraient siéger à un conseil d’administration, je parierais que c’est la majorité des femmes qui ont démontré une solide expérience de gouvernance.
Quoique les femmes dans mes groupes de sondages n’étaient pas opposées au système des quotas, je n’étais pas étonnée que la plupart des hommes qui ont participé l’étaient — malgré certains participants qui admettaient avoir siégé à des conseils d’administration où il y avait « zéro femme ». Un participant s’est exprimé en des mots qui invoquaient l’article dans The Washington Post, que j’avais cité : « Se voir soudainement imposer un quota (et souvent de façon erronée) dévalorise les membres féminins du conseil, de la même manière que l’admission par discrimination positive a le même effet sur les minorités des étudiants. »
J’étais heureuse de voir que 100 % des participants mâles ont dit qu’ils croyaient que la mixité des genres est un avantage concurrentiel pour les conseils d’administration. Là encore, cela reflète les points de vue des hommes avec qui j’échange dans mon réseau élargi et avec qui je n’ai jamais rencontré de résistance, mais une collaboration chaleureuse entre pairs ou comme conseillère digne de confiance. À l’unanimité, ils sont d’accord sur le fait que, tout en accueillant la présence des femmes autour de la table des conseils, le but est d’avoir la meilleure équipe de candidates et de candidats.
Au-delà du grand balayage d’opinion, à savoir si les gens sont favorables à l’application des quotas aux conseils, voici quelques citations tirées de mes groupes de sondages et que je trouve particulièrement intéressantes :
« J’aimerais beaucoup servir et apporter une valeur ajoutée à un conseil d’administration. Malheureusement, je crois que les quotas sont nécessaires et devraient être appliqués en ce moment pour que les femmes puissent même être considérées. La sélection des conseils d’administration des compagnies privées, que j’ai vue dans le sud-est des États-Unis, est fondée sur les connexions qui existent à l’intérieur des équipes-cadres et sont composées de 90 % d’hommes de race blanche. » — Américaine des États-Unis
« J’ai siégé à des conseils d’administration, mais j’étais la propriétaire de ces deux entreprises… Je suis d’accord avec l’idée des quotas — autrement nous n’y arriverons jamais. » — Anglaise de l’Angleterre
« Je suis ambivalente au sujet des quotas : je sais qu’ils ne sont pas la solution juste aux problèmes, mais en même temps, les quotas assurent que les procédés évoluent dans la bonne direction. Pour une fois, je ne suis pas mécontente de faire partie du segment de la population qui profitera des quotas. En ce moment, je siège au conseil d’administration d’un organisme à but non lucratif et au conseil d’administration d’une entreprise privée (bientôt publique). » — Française de la France
« Je siège présentement au conseil d’administration d’un organisme à but non lucratif, consacré à l’assistance auprès des femmes enceintes et des femmes en phase post-partum qui luttent contre la toxicomanie. Le conseil est formé d’un seul homme et de huit femmes. Chaque membre est sélectionné suivant son expérience et la vision particulière que l’individu apporte à la table. Nous avons un avocat, un directeur des relations publiques, un conseiller en toxicomanie, une femme médecin en obstétrique et gynécologie, un courtier d’assurances, un directeur des services sociaux, une nutritionniste, une personne responsable des collectes de fonds pour le YWCA et une femme d’affaires. Je ne suis pas partisane des quotas imposés aux conseils d’administration, mais peut-être que ma position est teintée, en raison du fait que les membres au conseil d’administration sont presque tous des femmes. » — Américaine des États-Unis
« Peut-être que là, je suis désespérément optimiste devant la nature humaine, mais je crois en général que personne ne peut dire à quiconque comment vivre sa vie. Si les femmes (ou autres groupes de la population) sont condamnées à la sous-représentation dans un secteur particulier, il serait fort intéressant de savoir qui détermine ce qu’est une représentation “correcte”, et ce que ce “correcte” représente réellement. » — Américain des États-Unis
« Les entreprises ont besoin de membres de conseils qui les soutiennent et non pas de remplir des quotas que nous voyons apparaître dans la politique et maintenant dans nos conseils d’administration. Cela dévalorise le lien d’appartenance aux conseils d’administration dans son ensemble, non seulement chez les femmes membres du conseil. » — Français de la France
« L’absence des femmes aux conseils d’administration est un problème sérieux, mais je ne crois pas que les quotas obligatoires soit la méthode la plus productive ou efficace pour aborder ce problème. Pour des changements de comportements durables, nous devons nous attaquer aux causes profondes pour lesquelles il n’y a pas plus de femmes qui siègent aux conseils d’administration. Imposer les quotas, cela traite à peine les symptômes les plus évidents, mais pas les causes fondamentales. » — Américain des États-Unis
« Quand un homme et une femme peuvent interagir sur un pied d’égalité, cette combinaison des intelligences, des perspectives et des connaissances provoque un potentiel plus important pour multiplier notre humanité et notre pouvoir intellectuel qui fait que la somme de “1 + 1” peut être plus que “2”. Un conseil d’administration essentiellement composé d’hommes a des zones d’ombre. Un conseil d’administration essentiellement composé de femmes aura des zones d’ombre. Mixez les genres et le conseil d’administration ne sera jamais parfait parce que les hommes et les femmes sont par nature imparfaits, mais un conseil diversifié aura certainement moins de zones d’ombre qu’un conseil unisexe (IMO, International Mathematical Olympiad). Au risque de me montrer parfaitement cynique, je ne suis pas si certain que même le fait de constituer un conseil d’administration ayant le moins de zones d’ombre possible est toujours dans les dix caractéristiques les plus recherchées d’un conseil d’administration, autant des gouvernements que des entreprises. Plus j’avance en âge, plus je deviens cynique quant à la nature des conseils d’administration et d’autres structures de partage des pouvoirs au sein des entreprises ou des gouvernements. Alors que la connaissance se développe incontestablement de manière exponentielle, il semble que la sagesse ne s’est pas développée depuis l’avènement de l’humanité. » — Américain des États-Unis
« À même l’objectif général d’augmenter la diversité, gardons présent à la mémoire le fait que la compétence, l’engagement et le caractère sont les atouts principaux. Je sais qu’il est possible de nos jours d’identifier plusieurs candidates chez les femmes et les groupes minoritaires sans avoir recours aux quotas. Les quotas épinglent le processus de gouvernance dans un coin, limitant le désir de développer des conseils d’administration productifs, prêts à prendre des décisions rapides et qui peuvent vraiment aider l’entreprise à réaliser sa mission… » — Américain des États-Unis
Je suis vraiment très heureuse d’entendre toutes ces voix s’unir dans cette discussion si importante.
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